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La griffe Preud’homme ne prend plus au quotidien : la preuve par les chiffres !

Michel Preud’homme a donc tourné le bouton de coach. Ce qui le passionne, c’est le terrain et la méthode : installer une discipline de travail, une structure tactique, faire progresser des joueurs ou en recruter d’autres profilés sur son approche. Former des adjoints aussi pour laisser un cadre après son départ. Et bien sûr gagner : gagner des matches, des titres et des trophées. Gagner aussi l’estime de tous ? Pas sûr.

C’est bien ce qui lui fait prendre du recul aujourd’hui. Il est lassé, dit-on, des obligations médiatiques liées au métier de coach (interviews télé, conférences de presse, émissions du lundi). Mais il est aussi repu des analyses venues de l’extérieur : analyses techniques des consultants et critiques journalistiques sur son attitude souvent passionnée et donc parfois estimée excessive, notamment avec les arbitres.

En Belgique, celui que certains surnomment depuis longtemps Calimero s’estime en somme jugé non pas sur ses résultats, son travail et ses trophées, mais sur son comportement et ses dérapages. En gros : il est incompris, et il suscite la jalousie.

Les chiffres…

Sortons donc du débat subjectif et prenons Michel au mot : jugeons-le sur ses résultats. Le constat est très instructif. Voire édifiant. Il tord en tout cas le cou à pas mal d’idées reçues.

Côté trophées, Preud’homme en exhibe 8 sur ses 14 années de coaching : 3 titres de champion (Standard 2008, Al-Shabab 2012, Bruges 2016), 3 Coupes nationales (Twente 2011, Gantoise 2010, Bruges 2015) et 2 Supercoupes (Twente 2011, Bruges 2017). Un beau bilan.

En termes de ratio points gagnés/matches joués, que l’on peut interpréter comme reflétant la régularité d’un travail quotidien en club, le bilan est fort différent

Sur ces deux dernières années, pour son retour à Sclessin (où Preud’homme  avait, rappelons-le, décroché le titre en 2008), MPH a coaché 89 matches toutes compétitions confondues, en remportant 41 et en perdant 28. Moyenne de points par match : 1,61.

En 2007-08, pour le retour du titre à Liège après 25 ans de disette, le bulletin de MPH affichait… 2,24 points par match ! Ce qui reste d’ailleurs son meilleur bilan saisonnier de toute sa carrière de coach. Même à Al-Shabab, il n’avait pris ” que ” 2,12 par match en moyenne sur ses deux saisons passées dans les sables.

Ricardo Sa Pinto, son prédécesseur à Liège, a pris 1,74 point par match pour sa seule saison à Sclessin, en 2017-18. Tout en prenant la 2e place du championnat et remportant la Coupe… alors qu’il savait déjà son sort scellé, puisque la signature de MPH avait déjà été annoncée pour la saison suivante !

Les autres coaches rouches…

Si l’on égrène les bilans individuels de chaque coaches rouches ayant presté au moins une saison complète, en remontant jusqu’à la saison glorieuse de MPH de 2007-08, seul José Riga (1,58 point par match en 2011-12) a fait moins bien que le Preud’homme en partance aujourd’hui…

Yannick Ferrera (1,61 pt/match en 2015-16) rend exactement le même bilan que MPH…

Alors que font… mieux l’impayable Guy Luzon (1,75 pt/match de 2013 à 2014), Mircea Rednic (1,74 en 2012-13), Laszlo Bölöni (1,79 en 2008-2009). La palme revenant au regretté Dominique D’Onofrio qui, avec 1,83 point pris par match de 2010 à 2011, affiche le meilleur bilan pour un coach rouche depuis un lustre !

Carrière en déclin ?

Là où Michel Preud’homme ne se trompe pas, c’est sur le goût amer que lui laissent ces deux dernières années à Sclessin. Ce sont effectivement, statistiquement, les deux… plus mauvaises de sa carrière : 1,54 pt/match pour la première, 1,69 pt/match pour la seconde.

C’est un peu comme si sa carrière allait en déclinant : 2,10 pts/match pour sa première période rouche de 2 saisons comme coach de 2006 à 2008 ; 1,78 pour ses deux ans à Gand ; 1,98 pour sa seule saison à Twente ; 2,12 pour ses deux ans à Al-Shabab et 1,89 pour ses 4 ans à Bruges. Et donc 1,61 pt/match pour ses deux dernières années à Sclessin.

À la décharge de MPH, son effectif 2019-20 a été décimé par les blessures avant la Noël puis par les départs d’Emond et Mpoku en janvier. Mais le coach liégeois avait aussi obtenu un large budget transferts à l’aube de cette saison…

La fameuse 2e année…

Ce qui nous amène à une autre idée reçue : la fameuse ” 2e année ” de MPH. Celle où il récolterait les fruits de son travail de fond. Si l’on épluche ses 14 années de coaching, ce constat ne s’applique… que deux fois : pour sa 2e saison à Bruges (2,11 pts/match en 2014-15 après 1,77 en 2013-14)… et cette défunte saison à Liège, certes amputée par le Covid-19 (1,69 pt/match en 2019-20 après 1,54 en 2018-19) !

À Gand, ses performances ont stagné (1,78 pt/match pour chacune des 2 saisons). À Twente, MPH n’est resté qu’une saison. Et à Al-Shabab, MPH a pris 2,37 points par match la première saison… mais ” que ” 2,00 la deuxième !

Garant de titres, pas de points

La conclusion est limpide. Pour un club, Michel Preud’homme est une garantie de trophées : 8 en 14 saisons ! Pour pondérer, les censeurs de MPH diront que ses réussites ont été acquises dans des championnats émargeant à la seconde garniture. À l’exception d’Erik Gerets, aucun coach belge n’a d’ailleurs œuvré dans un championnat du Big 5…

Pour ce qui est de la régularité, le scepticisme est de rigueur. MPH vit à 300% pour son métier, il décortique au quotidien les détails à peaufiner. Sauf que dans un travail de coach journalier, son approche peut buter sur des joueurs qui, issus de la génération Y, n’ont sans doute pas la même exigence de perfectionnisme au quotidien. La lassitude peut dès lors s’installer de part et d’autre.

Raison pour laquelle, hormis à Bruges, MPH n’est jamais resté plus de deux ans dans un de ses clubs ?

Reste cette dernière question, et non des moindres : éclos jadis comme joueur dans la furia de Sclessin, le MPH devenu coach rationnel, froid et méticuleux colle-t-il encore à ce chaudron rouche, marqué par son public passionné, ses joueurs frivoles, ses dirigeants imprévisibles ? Et si, finalement? Ricardo Sa Pinto s’était montré plus proche de cet ADN ?

Taillé pour une approche de recul

Dans son approche, le Preud’homme d’aujourd’hui est sans doute davantage profilé pour un travail d’impulsion, de réflexion et de direction sportive, orienté vers les grands choix de sélection et de stratégie, plutôt que dans un travail de terrain journalier. Il avait pris cette orientation dès ses années brugeoises en donnant à Philippe Clément les clés de l’entraînement de semaine. Et en initiant le même processus à Liège avec Mbaye Leye. En ce sens, Preud’homme prend la bonne décision en s’éloignant du terrain.

Finalement, le MPH 2020 est bien plus devenu un sélectionneur d’Equipe Nationale, préparant son effectif pour des échéances précises, plutôt que dans un travail quotidien de club. Mais ce poste de sélectionneur, maintes fois annoncé et promis, il ne l’a jamais embrassé…

Allô Roberto Martinez ?

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