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Quelles garanties pour la licence du Standard devant la CBAS ?

On le sait, les difficultés financières du Standard ne datent pas d’aujourd’hui. En décembre dernier, les comptes annuels publiés à la Banque Nationale laissaient déjà apparaître une situation plus que préoccupante. Avec, notamment, une perte d’exploitation de 8.570.000 euros. Le rapport du manager des licences devant la Commission du même nom avait été plus alarmant encore. Nils Van Brantegem mentionnait un fonds de roulement net négatif de 14.217.000 euros. Comme nous le confiait récemment une personnalité importante du club : ” On a peut-être vécu au-dessus de nos moyens ! ” C’est une évidence. Avec, notamment, une charge salariale de 34,5 millions au dernier bilan comptable. Soit près de cinq millions de plus que la saison précédente….

La crise actuelle n’arrange évidemment rien. Le manque à gagner engendré par l’absence de P01 cette saison va faire mal, très mal, financièrement. Et, dès le début du confinement, le Standard avait été le premier club du Royaume à vouloir mettre ses joueurs en chômage pour force majeure. Finalement, après un long feuilleton, c’est une réduction de salaire qui a été acceptée par l’ensemble des joueurs.

La vente du stade

Pour soulager ce déficit chronique, et surtout assurer la continuité financière du club la saison prochaine (critère essentiel aux yeux de la Fédération avant d’octroyer la licence), le président Venanzi avait imaginé, il y a quelques mois, un astucieux (et légal) montage financier et immobilier. Histoire de faire rentrer près de 14 millions dans les caisses du club. Celui de vendre le stade de Sclessin, propriété du club, à une nouvelle société immobilière dans laquelle il investissait avec Axel Witsel. Le médian de Dortmund aurait, dit-on, contacté depuis Marouane Fellaini. Sauf que ce dernier dément. Et ce matin, l’avocat du joueur, Stijn Debaene, était formel : ” Fellaini n’investira pas dans ce projet immobilier !”. Bref. L’ancienne société immobilière ” Immo Fenura ” est alors devenue la ” Société immobilière Standard de Liège “, suivant un acte notarié du 5 février dernier. Mais dont les avoirs bancaires se résument toujours à… 11.336 euros au dernier bilan disponible, arrêté au 31.12.18 ! Un montant dérisoire qui n’aura sans doute pas échappé à la Commission des Licences lors de l’audition, virtuelle, du 2 avril dernier. Audition où le Standard avait délégué Alexandre Grosjean, le directeur général, et Bryan Withnack, administrateur du club et surtout conseiller financier ” historique” de Bruno Venanzi. Ce dernier était étrangement absent lors de cette vidéo conférence alors que c’est lui-même qui pilote ce dossier, comme nous allons le voir. Le Standard aurait-il été trop confiant, ou trop insouciant, en se présentant sans garanties précises devant les cinq membres de la Commission et le manager des Licences ? Probablement puisqu’ils n’ont pas apporté les chiffres demandés dans les recommandations de la Commission et connus de longue date, puisque même publiés sur le site de l’Union Belge. Dans ses motivations pour le refus, la Commission des Licences soulignait que ” le club ne fournit aucun élément prouvant que l’immobilière dispose de suffisamment de liquidités “. Même la déclaration signée du président Venanzi se ” portant fort ” sur ses biens propres le cas échéant n’était pas chiffrée… Finalement, il était donc assez logique que la commission recale le matricule 16. Même s’il y a eu un joyeux imbroglio entre ” projet de compromis de vente ” et ” compromis de vente avec signature électronique “. Là, le manager Nils Van Brantegem s’était clairement emmêlé les pinceaux.

Pas d’augmentation de capital

Dès lors, depuis le non-octroi de la licence le 8 avril dernier, on s’attendait donc à voir une augmentation de capital de la nouvelle société immobilière dûment actée et publiée au Moniteur belge et à la Banque-Carrefour des Entreprises. Mais il n’y en a pas eu. Et cela n’a rien à voir avec le confinement, contrairement à ce que certains essaient de nous faire croire. Car les notaires passent encore des actes prioritaires de sociétés avec des procurations sous seing privé. Un acompte de 4,5 millions (dont trois millions payés en deux tranches d’1,5 millions par la société d’Axel Witsel) pour l’achat du stade a bien été versé à la société Standard de Liège (le club) mais seulement APRES la comparution devant la Commission des licences. Timing assez bizarre…. Le futur actionnariat de la nouvelle société immobilière se composerait de la sorte : 45% des parts pour Axel Witsel, 45% pour Bruno Venanzi (qui ne serait donc pas majoritaire dans l’état actuel des choses) et 10% pour Michaël Markowicz, sorte de ” go-between ” dans ce dossier. Ce dernier est depuis quelques années le conseiller attitré pour gérer le patrimoine immobilier de Witsel. Le paiement du solde pour l’acquisition ferme du stade est prévu pour le 30 juin prochain. Mais, dans cette véritable course contre la montre, le Standard chercherait encore et toujours des investisseurs, ou prêteurs, afin de rassembler cette somme des 14 millions dans l’urgence, sans devoir passer par la case garantie bancaire, si possible. En attendant, les conclusions des avocats ont été envoyées pour la plupart samedi dernier. Même si les avocats du club peuvent encore produire des documents jusqu’à 12 heures avant l’audition, prévue pour rappel le 5 mai devant la CBAS. Ce sera alors l’épreuve de vérité, un véritable quitte ou double, pour la survie du Standard. Et tout n’est pas forcément acquis d’avance. Dans sa plaidoirie, le conseil du club, Me Gregory Ernes devra se montrer convaincant. Il en a l’habitude. Et gageons que dans sa plaidoirie, il ne manquera pas, au passage, de souligner la solvabilité et la respectabilité bien connues de Bruno Venanzi sur la place de Liège.

Quid du projet immobilier ?

La vente du stade, c’est donc le (très) court terme. Il s’agit d’un compromis de vente de près de 13,7 millions (tous frais compris) signé le 31 mars dernier et couplé à un droit de superficie pour une durée de 40 ans. Au-delà de ce délai, le club du Standard récupérera l’ensemble des installations. Des installations rénovées et agrandies puisque Bruno Venanzi et son architecte ont conçu un vaste projet immobilier. Afin de moderniser le stade, le rendre multifonctionnel (avec magasins et bureaux) et l’inaugurer en 2022, date de l’arrivée du tram à Sclessin. En novembre dernier, le Président Venanzi évoquait devant la presse un projet immobilier de 80 millions (certains parlent même de 100 millions en coulisses) dont 15 ou 20 millions en fonds propres. Et sans subsides… Depuis, le président a pris son bâton de pèlerin pour prêcher la bonne parole et tenter de convaincre, çà et là, des partenaires, privés ou publics, pour ce projet immobilier. Aujourd’hui, les temps ont changé et le ciel s’est un peu assombri. Le budget global du projet pourrait même être revu à la baisse. Et les partenaires privés potentiels ne se bousculent plus au portillon. Certains d’entre eux se seraient même portés pâle après le coup du tonnerre du 8 avril dernier et le non-octroi de la fameuse licence… En résumé, le club n’a pas sa licence, cela freine les investisseurs ; les investisseurs n’investissent pas, le club n’a pas sa licence. C’est l’éternelle histoire de l’œuf et de la poule….

Selon nos informations, des outils régionaux de financement avec des fonds publics ont également été approchés. Des organismes qui peuvent investir dans des projets immobiliers, comme NOSHAQ (anciennement Meusinvest) par exemple. Apparemment, ils n’ont pas encore fait savoir leur décision. Sera-t-elle conditionnée par le contexte actuel ? La crise sanitaire et économique que nous traversons vient évidemment tout chambouler. De nombreuses PME se retrouvent en grosses difficultés et le ” business model ” va changer aussi, à terme, avec une priorité donnée au télétravail. Autant de paramètres qui changent la donne actuelle pour l’avenir de cet ambitieux projet immobilier à Sclessin, qualifié de ” pharaonique ” par certains. Bruno Venanzi a déjà dépensé beaucoup d’argent et d’énergie pour son club de cœur. Mais sa fortune n’est pas illimitée. Elle n’a rien de comparable à celles d’un Marc Coucke ou d‘un Roland Duchâtelet, milliardaires en euros. Finira-t-il par se lasser ? Et serait-il tenté, à terme, de vendre le club, tout en restant propriétaire des installations ? Autant de questions actuellement sans réponse….en attendant la décision de la CBAS le 10 mai prochain. Et un improbable rebondissement qui enverrait le vénérable club ” rouge et blanc ” en D1 et non plus D2 amateurs….puisque toutes les primes des joueurs ont désormais été payées !

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