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Zinho Vanheusden: la relève des Diables?

Malgré une saison délicate, le défenseur des Rouches reste l’incarnation la plus probable du futur défensif des Diables. Histoire d’un tempérament taillé pour l’Enfer.

Quand l’année 2018 pousse ses premiers cris, Sclessin ne sait pas encore qu’il accueillera, quelques mois plus tard, un match qui pourrait faire vaciller l’intouchable leader brugeois dans la course au titre. Dans la Principauté, on accueille évidemment avec le sourire le retour de Mehdi Carcela, futur dynamiteur du printemps liégeois. L’arrivée de Zinho Vanheusden est forcément plus discrète. Le prêt de quatre mois avec option fait, en tout cas, moins de bruit que son départ fracassant pour l’Inter, trois ans plus tôt. À l’époque, le Standard fait la moue. Les Rouches sont alors conscients de perdre l’un des fleurons de leur Académie, en mal de talents à faire valoir depuis l’âge d’or des Carcela et Witsel.

“Quand Zinho parle, les autres l’écoutent. C’est inné ça, je crois.” Thierry Siquet

À peine installé dans le vestiaire liégeois, de retour d’une rupture des ligaments croisés qui l’a freiné en plein envol alors que Luciano Spalletti avait fait de lui son numéro quatre dans la hiérarchie des défenseurs centraux chez les Nerazzurri, Zinho croque le rouge à pleines dents.

” On le connaissait tous de réputation quand il a débarqué, mais directement, il nous a épatés “, se souvient Sébastien Pocognoli. ” Il était déçu de ne pas jouer plus, mais il le montrait à sa manière. Il n’était pas indiscipliné, mais on voyait qu’il était ambitieux. ” Finalement lancé par Ricardo Sa Pinto contre Gand lors des play-offs, très vite après ses premiers entraînements avec le groupe mais déjà trop tard à son goût, le Limbourgeois vit le reste de la course-poursuite derrière les Blauw en Zwart depuis le banc. Une semaine plus tard, le routinier grec Georgios Koutroumbis le sort en effet du onze, et met sa patience à rude épreuve dans le sprint final.

” Tactiquement, il a sept ans de plus que son âge “

Dragué par Ostende, où son ancien coach chez les U19 Gert Verheyen vient de prendre les commandes sportives, Vanheusden laisse finalement parler son coeur rouche, cet amour du Standard qui ne l’a jamais quitté malgré les années milanaises. Bien aidé par l’arrivée de Michel Preud’homme, un dialogue plein d’ADN liégeois avec Poco et l’insistance d’ Olivier Renard, qui était à l’origine de son retour au bercail quelques mois plus tôt. Un come-back fruit de la rencontre improbable entre mouvement de jeunesse, baby-sitting et réseaux sociaux.

” Il se fait que sa soeur était chez les scouts, ma fille chez les louveteaux. Et donc, elle était baby-sitter chez moi. Mais je ne savais pas que c’était la soeur de Zinho “, rembobine l’ancien directeur sportif des Rouches, qui occupe aujourd’hui ces fonctions de l’autre côté de l’Atlantique à l’Impact Montréal. ” Un soir, je vois ma fille traîner sur Instagram et je vois une photo de ma baby-sitter avec Zinho. J’ai demandé à ma fille comment elle le connaissait, et elle m’a répondu que c’était son frère… Incroyable ! ”

Au fil des conversations, Renard se retrouve à Milan avec Bruno Venanzi en décembre 2017, à la table de Walter Sabatini, alors directeur sportif de l’Inter. Le fait que Zinho soit arrivé blessé à Sclessin devient un mauvais souvenir au bout de ces nonante minutes passées à museler Rangelo Janga, l’attaquant de Gand, en pleine bourre depuis son arrivée (huit matches, quatre buts).

Sevré de temps de jeu, Vanheusden passe alors la surmultipliée durant la semaine. Il travaille sans relâche, joue les prolongations sur le terrain à la fin des séances, et impressionne lors de chaque mise en place. ” Tactiquement, il a sept ans de plus que son âge “, glisse déjà à l’époque un taulier du vestiaire liégeois. ” Pocognoli abonde : ” Il avait deux ou trois temps d’avance sur beaucoup de jeunes de son âge. Et ça, je crois que c’est principalement grâce à son écolage à l’Inter. ”

Avenir diabolique

Chez les Nerazzurri, Zinho était en effet passé entre les mains de Giovanni Martusciello, ancien adjoint de Maurizio Sarri réputé pour la finesse et l’exigence de son travail avec les lignes défensives. Des consignes soignées que le Belge n’hésite pas à relayer ailleurs, s’appuyant sur l’un des traits les plus marquants de son caractère : son leadership. Celui qui lui a permis de porter à plusieurs reprises cette saison, malgré la vingtaine à peine atteinte, le brassard de capitaine du navire infernal de Sclessin.

” Quand Zinho parle, les autres l’écoutent. C’est inné ça, je crois “, raconte Thierry Siquet, son sélectionneur entre les U15 et les U17 de l’équipe nationale. Tête émergente d’une génération diabolique riche en Rouches (avec Adrien Bongiovanni et Thibaud Verlinden, notamment), Vanheusden s’impose naturellement comme la figure de proue du groupe national. ” Si je donnais un rendez-vous à dix heures au terrain, mais que Zinho décidait qu’il valait mieux être là dix minutes plus tôt, tout le groupe était là à 9h50. Il avait cette aura qui faisait qu’on le suivait. ”

“Faire peur aux attaquant, c’est important, et il l’a bien compris.” Paul-José Mpoku

Parmi les suiveurs, on trouve Sebastiaan Bornauw, aujourd’hui cité comme son concurrent majeur pour incarner la relève défensive dans le groupe de Roberto Martinez. Le géant de Cologne occupait alors le couloir droit de la ligne de quatre de Siquet, laissant son comparse mauve Hannes Delcroix s’installer aux côtés de Vanheusden pour composer la charnière centrale. Ce n’est qu’en U19, sous l’impulsion de Verheyen, que les deux hommes ont été associés dans l’axe.

” Ça a tout de suite bien fonctionné “, souligne le défenseur de Cologne, l’une des révélations de la saison allemande. ” C’est marrant parce que plus jeune, j’étais attaquant, donc la première fois que je l’ai joué, c’était en homme contre homme. On a grandi ensemble, mais chacun dans notre club et chaque saison, on se disputait le titre. On s’est retrouvé en équipe nationale ensemble dès les U15, et on s’est tout de suite bien entendus. ”

” Il est devenu plus agressif et a franchi un palier “

L’association avec le puissant et placide Bornauw fonctionne à merveille. À ses côtés, Vanheusden fait parler son sens de l’anticipation pour défendre vers l’avant, et son agressivité dans le duel. Des atouts qu’il fait également valoir au Standard, où la compagnie du colossal et athlétique Christian Luyindama permet de gommer les approximations qu’il a encore fréquemment quand les appels sont lancés dans son dos, là où son manque de vitesse le pénalise le plus. Le départ du Congolais affiche d’ailleurs plus fréquemment ses limites en la matière. Et est l’un des symptômes d’une saison plus difficile, où les sautes d’humeur sont légion.

” Je le trouve plus impulsif qu’avant, je le vois discuter tout le temps “, s’étonne Thierry Siquet. ” Ce n’est pas foncièrement grave, ça peut même être une qualité de ne pas se laisser faire, mais j’ai l’impression que ça le fait parfois perdre le contrôle de ses émotions. ”

” C’est dans son caractère, et c’est aussi ce qu’on aime chez lui “, tempère Olivier Renard. ” Ses sautes d’humeur, ça trahit la fougue qu’il a en lui. Et honnêtement, ça fait du bien de voir ça parce que derrière, ça dormait un peu dans la défense du Standard par moments. C’est vrai qu’il n’a pas eu une saison facile, mais je trouve qu’il reste en avance sur son processus. ”

Équipier jusqu’au mois de janvier, Paul-José Mpoku décèle même une indiscutable progression derrière les interrogations sur le tempérament de Zinho : ” On a toujours dit que c’était un bon défenseur. Et c’est bien, mais ça ne suffit pas pour être un grand défenseur. Cette saison, il a grandi dans le sens où il fait aussi peur aux attaquants. Je peux te dire que je n’avais pas envie de m’y frotter aux entraînements. Il avait besoin de devenir plus agressif pour franchir un palier, et je considère qu’il l’a fait. Faire peur aux attaquant, c’est important, et il l’a bien compris. ”

L’homme le plus cher du foot belge

Dans la Principauté, le statut de Vanheusden a changé cet été. Et pas seulement parce que le départ de Luyindama pour la Turquie lui a définitivement confié les clés de la défense liégeoise. Il y a aussi ce transfert, certes fruit d’un montage financier avec l’Inter pour contourner le fair-play financier, mais qui l’a amené à devenir le transfert entrant le plus cher de l’histoire du football belge. Le tout assorti d’un salaire qui fait de lui l’homme le mieux payé du vestiaire liégeois. De nouveaux poids ajoutés sur ses jeunes épaules, assortis d’une aura grandissante qui l’a installé en bonne place dans la hiérarchie des capitaines rouches. Un statut pas toujours facile à assumer pour un joueur de vingt ans, tout leader naturel qu’il soit.

S’il a vu Yari Verschaeren et même Elias Cobbaut lui griller la politesse pour une première sélection chez les Diables rouges, Zinho ne laisse certainement pas Roberto Martinez indifférent. Pour relayer une ligne arrière qui avance déjà largement dans la trentaine, il fait partie des pistes privilégiées par le sélectionneur, qui surveille son évolution avec attention.

” Zinho est le défenseur central qui possède le plus grand potentiel dans notre pays “, soulignait le Catalan à l’automne dernier. ” J’ai pu voir contre Francfort (en Europa League, ndlr) qu’il se sentait déjà à l’aise au niveau européen, mais je ne vais pas le pousser si j’estime qu’il y a encore du monde devant lui dans la hiérarchie. ”

La bonne nouvelle, c’est qu’en Italie, les défenseurs apprennent très tôt à jouer des coudes.

Par Guillaume Gautier et Martin Grimberghs

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